1.2   Cornouiller mâle : producteur fiable et généreux

Les conditions de culture du cornouiller mâle en Belgique et ailleurs

Le cornouiller mâle est un arbuste fruitier que nous apprécions tout particulièrement à la pépinière pour la saveur de ses fruits, pour sa résistance à la sécheresse, au froid, au gel et au vent, mais aussi pour son adaptabilité et sa facilité de culture. Continuons à nous familiariser avec le Cornus mas en examinant plus en détail ce dernier point.

Exposition

Si les jeunes plants de cornouiller mâle préfèrent les situations légèrement ombragées – pour rappel, cette espèce pousse naturellement en sous-bois –, c’est toutefois en plein soleil que l’arbuste sera le plus productif. En situation ombragée, le cornouiller mâle ne produira que très peu de fruits, voire aucun. En revanche, il est conseillé de bien pailler le pied des jeunes plants, qui n’ombragent pas encore le sol, pour éviter que leur système racinaire ne surchauffe et pour bien conserver l'humidité au niveau des racines.

Sol

Le cornouiller mâle est une espèce qui se plaît en sol calcaire, ce qui lui permet de prospérer sur des sites qui ne conviendraient pas à de nombreuses autres espèces fruitières. Il pousse idéalement sur des sols humides, alcalins et riches en nutriments, mais tolérera toute une palette de sols, allant de sableux à argileux lourds, de légèrement acides à très alcalins. On évitera dans l’idéal les sols compactés et les eaux stagnantes. Dans la nature, le Cornus mas croît sur des sols très variés (secs, caillouteux, calcaires…), à l’exception des sols marécageux et salins.

Eau

Même si le cornouiller mâle peut survivre sans irrigation sur des sols secs, il aura besoin d’eau (750 mm de précipitations par an), surtout en été, pour connaître une bonne croissance et fournir des fruits juteux et une récolte satisfaisante. En production, il est dès lors recommandé de mettre en place un système d’irrigation au moins pendant les premières années suivant l’implantation.

Espacement

Étant donné que le cornouiller mâle se taille et s’adapte très facilement, on peut le conduire de manière diverse et variée, même en pergola ! Il est ainsi possible de le cultiver en haie comme un petit fruit, avec un espacement de 60 cm, ou en verger avec un espacement de 4 à 5 m sur et entre les lignes.


Verger de cornouillers mâles en Pologne. Espacement 3m50 sur la ligne. Menés/formés en une sorte de gobelet.

Plantation

Comme c’est le cas pour de nombreux autres arbustes fruitiers, en vue de la plantation d’un cornouiller mâle, il est recommandé de désherber ou de pailler la zone, d’ameublir le sol et d’amender ou de fertiliser.

Récolte

La cornouille se récolte en secouant l'arbre, à la manière des oliviers. Les fruits mûrs tombent sur le sol ou sur un filet. Dans les pays de l'Est, des machines de système D sont utilisées pour récolter les baies. Un particulier placera un paillage au pied de l'arbre et pourra déguster les fruits mûrs, fraîchement tombés de l'arbre.


Ici, une récolteuse manuelle en Pologne. La structure peut pénétrer dans l'arbre et les fruits mûrs tombent dans les filets.

Fertilisation et carences

Les plants de cornouiller mâle poussent mieux dans des sols fertilisés, mais sans excès. Il est ainsi conseillé d’épandre de l’engrais organique pendant la première année de vie de l’arbuste, au printemps ou à l’automne. Les particuliers pourront se contenter d’utiliser du compost ou du fumier, idéalement de cheval ou de mouton, en évitant tout contact avec le tronc. Même si le cornouiller mâle supporte les sols légèrement acides, il s’épanouira mieux en sol calcaire, de sorte qu’il est parfois préférable d’épandre une dose de dolomie et de suivre l’évolution du pH du sol à l’aide d’analyses. En ce qui concerne les engrais minéraux, les recommandations sont les suivantes : phosphore à l’automne de 30 à 35 g par m², azote 15 à 20 g par m² et potassium de 10 à 12 g par m² au printemps. Le Cornus mas ne souffre pas de carences particulières.

Floraison et fructification

Le cornouiller mâle compte parmi les plantes fleurissant le plus tôt en début de saison, à partir de la fin du mois de février, les fleurs apparaissant avant les feuilles. Les fruits arrivent à maturité de la mi-août jusqu’à la fin octobre. La floraison hétérogène du cornouiller mâle, qui permet à l’arbuste de fructifier abondamment même les mauvaises années, donne lieu à une maturation des fruits tout aussi hétérogène, qui peut s’étaler sur quatre  semaines. Récoltées à leur stade de maturité technique, les cornouilles peuvent supporter un long transport, seront aptes à la consommation après deux à trois jours d’entreposage et se conserveront trois à quatre semaines au frigo. Elles seront toutefois moins savoureuses que des fruits cueillis à complète maturité. De plus, les cornouilles sont faciles à cueillir et la récolte peut être mécanisée.

Le cornouiller mâle est généralement autostérile, voire partiellement autofertile. Il nécessite donc une pollinisation croisée pour fructifier. Sa production abondante de nectar, qui attire abeilles domestiques et sauvages, bourdons et syrphes, représente d’ailleurs un indicateur biologique qui en témoigne. Pour garantir de bons rendements, il est dès lors recommandé d’installer sur la ligne des pieds de variétés différentes fleurissant en même temps.


Floraison précoce du cornouiller mâle (fin février, début mars)

Taille

Le cornouiller mâle supporte très bien la taille, qui s’effectue généralement au début du printemps avant la montée de sève afin d’éviter que les plaies ne « pleurent ». En production, il s’agit généralement d’enlever les branches situées en dessous de la hauteur souhaitée du tronc, mais aussi de couper les rejets ainsi que les branches qui sont cassées ou s’entrecroisent et d’aérer la couronne du plant afin de veiller à une répartition uniforme de la lumière. Le Cornus mas est une plante facile à conduire, par exemple en espalier, les formes les plus adaptées à cette espèce étant la double palmette ou le cordon en F.


Cornouiller mâle palissé

Gestion de l’enherbement

La gestion de l’enherbement concerne principalement les jeunes plants, la concurrence des graminées posant moins de problèmes aux vieux sujets capables de supplanter les herbes situées sous leur couronne. Pour rappel, le cornouiller mâle est doté d’un système racinaire superficiel, dont la majeure partie se situe dans les 25 à 30 premiers centimètres de sol. En conséquence, le travail du sol ne doit pas excéder 10 à 15 cm de profondeur dans les allées et 4 à 5 cm à proximité des plants. Les particuliers pourront aisément se contenter d’un paillage. À partir de 8 à 10 ans, les  racines des plants auront colonisé toute la largeur des inter-rangs.

Maladie

S’il est planté dans de bonnes conditions, bénéficie d’un ensoleillement suffisant et de soins adaptés, un plant de cornouiller mâle sera très résistant aux ravageurs et aux maladies. Le Cornus mas ne semble ainsi pas souffrir d’attaques de ravageurs ni de maladies particulières. Sur le terrain, on peut parfois observer des attaques de mineuse sur les feuilles ainsi que des taches sur le feuillage causées par l'anthracnose ou Septoria cornicola ou encore des décolorations de feuillage provoquée par des maladies bactériennes comme Pseudomonas syringae. On mentionne également des attaques de pucerons et de chenilles. Dans l’ensemble, toutefois, le cornouiller mâle est une plante sans souci, de sorte qu’il peut aisément se cultiver sans recours à des traitements phytosanitaires.


Début d'anthracnose. Mais cela n'affecte pas spécialement le cornus mas.

Prédation

Il est parfois nécessaire de protéger les jeunes plantations du gibier. Les oiseaux sont relativement peu intéressés par les cornouilles.


Cornouiller mâle à gros fruit

Le cornouiller mâle à la pépinière

Notre expérience avec la culture du cornouiller mâle sur nos deux parcelles a été particulièrement enrichissante. Sur ces terrains, nous avons planté 40 variétés différentes de cornouiller mâle. Huit de ces plants ont aujourd’hui 8 ans, et les autres, ont entre 3 et 4 ans. Ces arbres se sont révélés être particulièrement robustes et nécessitent peu d'entretien. Jusqu'à présent, nous nous sommes contentés de les maintenir à 2 m 50 sans les conduire de manière particulière, bien que nous envisagions de commencer à corriger la forme des arbres les plus anciens afin d’ouvrir le centre de l'arbuste et favoriser une meilleure circulation de l'air et de la lumière.


Plants de cornouillers mâles âgés de huit ans en Belgique (Pépinière Bois de Rode Bos)

Malgré leur floraison précoce, les cornouillers mâles sont très productifs et produisent régulièrement une grande quantité de fruits. Nous avons cependant observé que certains arbres semblent montrer un comportement d'alternance, produisant une grande récolte une année suivie d'une plus petite l'année suivante. Cette observation nécessite toutefois encore confirmation. La qualité des fruits produits par nos cornouillers mâles est remarquable : les cornouilles ont une texture fondante semblable à celle des prunes ou des cerises et sont généralement consommées mûres après être tombées au sol.

Un de nos plants début septembre, les fruits à maturité tombent de l'arbre.

Sur le plan de la croissance, les cornouillers mâles démarrent lentement, mais, une fois établis, ils tolèrent très bien la sécheresse. Ils nécessitent un arrosage d'appoint minimal et ont démontré une robustesse exceptionnelle face aux conditions de croissance parfois difficiles. En ce qui concerne l’aspect de la santé, nous avons constaté une petite maladie fongique affectant les feuilles, mais celle-ci ne semble pas perturber la santé générale ou la productivité de l'arbre.



Pour maintenir la santé du sol et favoriser la croissance des arbres, nous épandons de la dolomie tous les deux ans afin d'augmenter le pH de la zone. Cependant, même avec une dose réduite, nos cornouillers mâles ont montré une bonne croissance et une robustesse générale.

Dans l'ensemble, notre expérience avec la culture du cornouiller mâle se révèle donc très positive et nous sommes impatients de continuer à travailler avec ces arbres à l'avenir. 

Conclusion

En conclusion, sur le plan de la culture, le cornouiller mâle (Cornus mas) est une plante sans souci, à installer idéalement dans un emplacement ensoleillé, qui cumule les atouts suivants :
- Tolérance à une large palette de sols, y compris calcaires
- Résistance à la sécheresse, au vent, au froid et au gel (même les fleurs)
- Grande adaptabilité sur le plan de la taille
- Faible sensibilité aux ravageurs et aux maladies
- Carences rares

​N’hésitez pas à passer les portes de la pépinière ou à vous inscrire à une visite guidée si vous souhaitez faire plus ample connaissance avec ce passionnant petit fruitier, le cornouiller mâle.

Ce deuxième article s’inscrit dans le cadre d’un dossier consacré au Cornus mas. Si vous souhaitez poursuivre votre exploration de ce super petit fruitier et en découvrir davantage sur les variétés de cornouiller mâle, cliquez ici !


Sources

  • Couplan, François, Le Régal végétal, Sang de la Terre, 2015.
  • Da Ronch, Flavio, Caudullo, Giovanni, Houston Durrant, Tracy, et de Rigo, Daniel, « Cornus mas in Europe: distribution, habitat, usage and threats » dans European Atlas of Forest Tree Species, Commission européenne, 2016.
  • Drouet, François, Pratique du cornouiller mâle – Cornus mas L., 2018, http://www.fruitiers-rares.info/articlesA-141a146/article144-Cornus-mas-Cornouiller-male.html 
  • Kazimierski, Maciej, Regula, Julita et Molska, Marta, « Cornelian cherry (Cornus mas L.) – characteristics, nutritional and pro-health properties » dans Acta Scientiarum Polonorum Technologia Alimentaria, 18, 10.17306/J.AFS.0628, 2019, p. 5 à 12.
  • Klimenko, Svitlana, « Cornelian cherry in perspective » (traduction), Ogorodnik, octobre 2011.
  • Klimenko, Svitlana, Cornel varieties in Ukraine
  • ​L’Abeille Noire, Les cornouillers mâles en fleurs ; L'Abeille Noire, 25 février 2021, https://www.labeillenoire.be/2021/02/25/les-cornouillers-m%C3%A2le-en-fleurs-l-abeille-noire/ 
  • Pirc, Helmut, Encyclopédie des fruitiers sauvages ou méconnus – Pour le jardin & la haie fruitière, Ulmer, 2022.
  • Shaidarova, Svitlana, publication Facebook.

Crédits photographiques

Amélanchier : le myrtillier tout terrain (ou presque)
La culture de l’Amélanchier en Belgique et ailleurs