1.2 Le cormier : conditions de culture

La culture du Sorbus domestica en Belgique et ailleurs

Le cormier est un arbre plein de promesses : tout en résistant au froid, au vent, à la canicule et à la sécheresse, il produit un bois précieux, du nectar et des fruits à la saveur riche et rustique. Malgré la rareté du Sorbus domestica sur notre territoire, la Belgique se prête bien à la culture de cette essence peu exigeante.

Pour consulter notre article d'introduction sur le cormier, cliquez ici.

Après cette entrée en matière, le moment est venu de nous familiariser avec les conditions de culture du cormier. Il s'agit d'une espèce qui a besoin d'un certain suivi jusqu'à sa bonne installation, pour ne plus nécessiter de soins par la suite.

Exposition

Le cormier a besoin d’un ensoleillement maximal et ne supporte pas du tout la concurrence pour la lumière, qui peut le faire dépérir.

Sol

Le Sorbus domestica pousse sur une grande diversité de sols. Il tolère ainsi les sols pauvres à riches (à préférer pour la production de bois de qualité), ainsi que les sols lourds, argileux et limoneux, assez acides à basiques, secs à relativement humides, voire temporairement engorgés, mais pas hydromorphes à moins de 60 cm de profondeur.

Eau

Sans intervention humaine, le cormier est repoussé dans les zones où les précipitations annuelles sont faibles, alors qu'il préfère une pluviométrie supérieure à 600 mm, avec des précipitations bien réparties sur l’année. Le cormier est capable de résister à la sécheresse estivale si elle est compensée par une bonne réserve en eau du sol.

Cormier remarquable en Espagne

Plantation

S’il ne requiert presque plus aucun soin une fois installé, le cormier a en revanche besoin d’accompagnement durant ses premières années. Sa reprise n’est pas assurée à tous les coups, de sorte qu’il est recommandé de planter plusieurs sujets. Les travaux de plantation peuvent se résumer comme suit : décompactage du sol, paillage et pose d’une protection contre le gibier.

Mode de culture et densité

Le cormier peut se planter de manière isolée en plein champ, dans un parc ou un jardin, mais aussi s’intégrer à une haie vive champêtre ou à une bande boisée, par exemple. Grâce à sa facilité d’élagage, à sa dominance apicale et à son ombre légère, le cormier est une essence tout particulièrement adaptée à l’agroforesterie. Son modèle de culture idéal serait le pré-verger : il s’agit d’associer une prairie à divers arbres fruitiers hautes-tiges tels que pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers, noyers et cormiers, selon une densité inférieure à 100 individus par hectare, 25 à 50 tiges à l'hectare étant l’idéal.

Exemple de pré-verger aux Pays-Bas

Floraison, fructification et pollinisation

La floraison du cormier intervient vers la fin du mois de mai. Selon la littérature, le cormier serait capable d’autofécondation, mais privilégierait la pollinisation croisée avec d’autres individus génétiquement différents, lesquels peuvent se situer à une grande distance puisque le pollen du Sorbus domestica se disperse en moyenne sur 1,2 km. Les cormes se consomment blettes aux alentours du mois de novembre. À noter qu’à part sur une surface dure comme le goudron, les cormes n’éclatent pas en tombant.

Taille

Avant toute chose, il faut savoir que le cormier n’a pas toujours besoin de taille, cette opération risquant de favoriser les atteintes sanitaires. Si un jeune cormier se développe bien, il peut donc être judicieux de s’en passer.

Cela dit, dans une optique de production fruitière, il est possible de tailler le cormier comme suit : de fin juin à début juillet, étêtage à une hauteur située entre 1,2 et 1,5 m, suivi de la formation d’un gobelet avec des branches réparties à 360° C pour favoriser la pénétration de la lumière, la circulation de l’air et l’accès des pollinisateurs. Il est déconseillé d’opérer en hiver, car les plaies ne guérissent pas avant le mois de mai et constituent une porte d’entrée pour les maladies fongiques et bactériennes au printemps. Il est également contre-indiqué de tailler les branches d’un diamètre supérieur à 3 ou 4 cm.

Les cormiers centenaires ayant tendance à se fendre en deux puis à mourir lorsque les branches charpentières sont trop lourdes, on peut aussi choisir d’opter pour une taille en escalier des futures branches charpentières à mesure qu’elles apparaissent le long du tronc. Il s’agit donc de sélectionner une seule branche charpentière là où deux ou trois sont susceptibles d’apparaître.

Gestion de l’enherbement

Le cormier nécessitant un certain accompagnement ses premières années d’installation, il est préférable de le pailler et de le soigner jusqu’à ce qu’il soit bien implanté.

Système sylvopastoral combinant des lignes de cormier et une culture d'avoine en Espagne

Maladies, ravageurs et prédation

Le chancre représente la principale maladie menaçant les cormiers ayant été cultivés en pépinière. Par ailleurs, les jeunes plants cultivés en pépinière sont très vulnérables aux maladies causées par des champignons comme Venturia inaequalis. Si le cormier n’est pas particulièrement sensible aux attaques des insectes, en revanche, les campagnols, les lapins, les lièvres, les chevreuils et les cerfs peuvent occasionner d’importants dégâts sur les jeunes plants, de sorte qu’il peut être indiqué d’installer une protection antigibier ou un panier grillagé (contre l’abroutissement des racines).

Variétés

Autrefois, il aurait existé autour de la corme une tradition fruitière largement répandue, sans toutefois qu’il n’y eût eu de travaux de sélection poussés avant le XIXe siècle. On aurait ainsi recensé des cormes de diverses couleurs, tailles et formes, destinées à différents usages. À l’heure actuelle, en plus des plants issus de semis, on peut trouver sur le marché plusieurs variétés greffées à gros fruits, dont les deux variétés allemandes suivantes :

Sossenheimer Riese : fruits de gros calibre, pruineux, en forme de poire, aux joues rouges


Bovender Nordlicht : variété de faible développement, à la mise à fruit rapide, aux rendements élevés et réguliers, produisant des fruits de gros calibre, à l’épiderme brillant jaune et rouge et à la forme intermédiaire entre la pomme et la poire


Le cormier en Belgique

Les pieds mères de notre parcelle test sont trop jeunes pour nous permettre de partager notre expérience sur le cormier. Cependant, comme nous l'apprend la base de données Beltrees, il existe en Belgique plusieurs beaux pieds de cormier.

Cormiers au parc de Woluwé et à l'arboretum de Groenendael (Bruxelles)

Conclusion

En conclusion, le cormier est un arbre fruitier qui recèle un énorme potentiel en Belgique et qui ne demande qu'à être cultivé davantage dans les jardins, les parcs et les prairies, par exemple. Il s'agit d'une espèce adaptable, productive et résistante qui produit un bois précieux et des fruits délicieux. Si vous hésitez encore, on vous invite à goûter de la confiture de cormes ou de la gelée (à la saveur plus douce), vous nous en direz des nouvelles !


Sources

  • Moinet, Evelyne (coordination et texte), Le traité du cormier : histoire, usages, répartition dans la Sarthe, alentour et plus loin encore, collection Arbres remarquables, SENEPES, 2009.
  • Scaravetti, Thomas, Le Cormier – Un arbre à redécouvrir, trésor de notre patrimoine, CNPF-IDF, 2020.
  • Von Schmeling, Wedig Kausch-Blecken, Der Speierling – Sorbus domestica L., 2000, http://www.speierling.de/Speierling_Buch.pdf.

Crédits photographiques



 





1.1 Le cormier, un ancien fruitier rempli d’avenir
La culture du Sorbus domestica en Belgique et ailleurs