1.3 Asiminier : les pollinisateurs & la pollinisation

La pollinisation atypique de l'asiminier trilobé (Asimina triloba ou pawpaw)

Cet article s’inscrit dans le cadre d’un dossier relatif à l’asiminier trilobé.

Pour consulter l’article d’introduction relatif au pawpaw, cliquez ici.

Pour en savoir plus sur ses conditions de culture, cliquez ici.


Comme pour la plupart des aspects touchant à la « mangue d'Amérique du Nord », la pollinisation du pawpaw sort de l'ordinaire. Généralités, insectes pollinisateurs, stades de floraison, pollinisation croisée, pollinisation manuelle, éclaircissage, chute des fruits : cet article se propose de faire le tour de la question afin de vous donner l'une des clés de réussite de la culture de ce fruitier hors du commun.


Généralités


Les fleurs du pawpaw, hermaphrodites, ressemblent à de petites clochettes pourpres. Elles s'épanouissent au printemps avant l'émergence des feuilles. À cette période, l'arbre peut donc paraître nu et dormant. Chaque fleur est dotée de plusieurs ovaires, lesquels peuvent donner naissance à des grappes de fruits en cas de pollinisation suffisante.


L'asiminier fleurit sur du bois d'un à deux ans, pendant trois à quatre semaines. Grâce à cette longue période de floraison, le pawpaw arrive souvent à fructifier tous les ans. Ainsi, même si une gelée tardive venait à détruire les fleurs les plus développées (davantage vulnérables au froid), d'autres pourront prendre le relais et donner des fruits. Cette caractéristique procure à l'asiminier rusticité et résilience.



Insectes pollinisateurs connus ou présumés


En ce qui concerne l'asiminier, il n'est pas facile de distinguer les simples visiteurs des pollinisateurs effectifs. Compte tenu de la couleur pourpre des fleurs, de leur port tombant et de leur parfum évoquant la levure, c'est vraisemblablement par les mouches et, surtout, par les coléoptères que le pawpaw est pollinisé. À cet égard, c'est probablement la famille des Nitiduladés, et plus particulièrement Glischrochilus quadrisignatus (courant en Belgique) ainsi que Stelidota geminata (peu présent dans notre pays) qui seraient les pollinisateurs effectifs les plus probables. Pour favoriser leur présence, il est recommandé de laisser quelques fruits, mais aussi du bois de feuillus (bûches ou troncs) pourrir sur place afin de permettre aux coléoptères de pondre dans les fruits ou le bois en décomposition et ainsi d'accomplir tout leur cycle de vie. Épandre des copeaux de bois au pied des arbres permettrait aussi d'abriter les insectes pendant l'hiver.


Glischrochilus quadrisignatus, un des pollinisateurs de l'asiminier (pawpaw)


Toutefois, il faut savoir qu'il reste encore beaucoup à découvrir sur la pollinisation du pawpaw et qu'il existe probablement des dizaines d'insectes, encore non identifiés, qui sont capables de polliniser cet arbre fruitier. Par conséquent, le meilleur moyen de promouvoir la pollinisation des asiminiers consiste probablement à favoriser et à protéger la biodiversité. N'hésitez donc pas à installer de nombreuses plantes à la floraison précoce afin d'attirer un maximum d'insectes pendant la floraison de l'asiminier : bulbes, lilas, trèfle, pissenlit, consoude... L'asiminier semble représenter une source importante et abondante de pollen qui attire de nombreuses espèces d'insectes tôt en saison.



Stades de floraison


À l'instar des autres arbres fruitiers, la pollinisation du pawpaw peut se diviser en plusieurs phases, aux caractéristiques différentes. La classification suivante, mise au point par Blake Cothron (voir sources), permet de déterminer le degré de vulnérabilité au froid des fleurs et de se familiariser avec le mécanisme de pollinisation. À noter qu'en raison de l’étalement de la floraison sur trois à quatre semaines, on peut généralement observer plusieurs stades de pollinisation se dérouler simultanément.


Stade préalable : dormance

Le bouton floral est petit, difficile à percevoir et protégé par une gaine. Il doit à ce stade pouvoir résister à des températures descendant jusqu'à -20 °C pour les variétés les plus frileuses et jusqu'à -25° C pour les autres.


1. Bouton duveteux

Semblable à une petite sphère noirâtre et duveteuse, le bouton floral commence à se défaire de sa gaine, ou s'en est déjà débarrassé. Il demeure très résistant au froid à ce stade.


2. Tige duveteuse

À la fin de l'hiver ou au début du printemps, le bouton floral gonfle jusqu'à atteindre la taille d'un petit pois et développe une tige bien distincte, épaisse, noirâtre et couverte de poils. À ce stade, il doit pouvoir supporter des températures descendant jusqu'à -7° C sans encombre.



3. Bouton vert

Le bouton continue à gonfler et vire au vert. On commence à percevoir quatre ou cinq sépales soudés ensemble. À ce stage, le bouton peut vraisemblablement supporter une légère gelée, mais sera détruit par un gel franc.



4. Bouton rose

Le bouton floral fait désormais la taille d'une bille. Les sépales commencent à s'ouvrir tandis que les pétales deviennent perceptibles et peuvent – ce n'est pas toujours le cas – présenter une teinte pourpre ou rosée. Le bouton peut vraisemblablement supporter une légère gelée à ce stade, mais sera détruit par un gel franc. Il se peut que certains boutons soient désormais aptes à recevoir du pollen, auquel cas le stigmate présentera un aspect collant et allongé.



5. Pleine floraison (48 à 72 heures)

Les pétales pourpres de la fleur sont totalement déployés. Le stigmate, brillant et collant (au bout du pistil), est mûr et prêt à recevoir du pollen tandis que les anthères (au bout des étamines) sont entièrement formées, blanches et resserrées. Un gel, même léger, détruira la fleur à ce stade.



6. Libération du pollen (48 à 72 heures)

Voici le dernier stade de floraison du pawpaw. Alors que les stigmates ne sont plus viables, les étamines sont mûres et libèrent du pollen. Les pétales commencent à brunir ou à se dessécher. En cas de pollinisation fructueuse, les stigmates apparaîtront généralement gonflés, vert clair et légèrement élargis à la base, si bien que ce stade coïncide souvent avec la phase initiale de formation du fruit.



Autostérilité et pollinisation croisée


Les pawpaws sont généralement autostériles, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas s’autoféconder. D’une part, cette situation s’explique par le décalage entre la maturité des anthères et la réceptivité du stigmate que nous avons examiné dans la section précédente. D’autre part, le pollen des asiminiers est auto-incompatible, si bien qu’un pawpaw ne peut être pollinisé que par un autre pawpaw génétiquement différent – on parle alors de pollinisation croisée. Pour toutes ces raisons, il est recommandé de ne pas espacer les pieds de plus de 5 à 6 m et de planter plusieurs variétés, dans l’idéal 3 à 4 cultivars et quelques semis de qualité. Les variétés présentées comme autofertiles ne le seraient que partiellement et produiraient des fruits moins nombreux et de qualité inférieure sans pollinisation croisée.


Variété  « Sunflower », partiellement autofertile, sur notre parcelle test (Bruxelles, Belgique)


Pollinisation manuelle


Moyennant un investissement en temps ou en main-d’œuvre, la pollinisation manuelle permet d'augmenter considérablement la production – parfois du simple au triple – et de faire fructifier les arbres isolés. À l’inverse, elle peut dans certains cas déboucher sur une surproduction, auquel cas il sera souvent recommandé d'éclaircir les fruits pour prévenir des dommages aux branches (voir section suivante).

Dans cette opération, patience, délicatesse et choix du moment opportun sont de rigueur :

  • Optez pour une journée sèche ou une période précédant une pluie. De fait, il est déconseillé d’opérer dans des conditions venteuses ou pluvieuses, car ces intempéries font tomber le pollen des anthères.
  • Cueillez des fleurs se trouvant au stade de libération du pollen et conservez-les dans une petite boîte ou un autre contenant.
  • Ensuite, retirez les pétales de la fleur et, à l'aide d'un pinceau d'artiste à poils souples (on recommande souvent les pinceaux en poils de chameau), prélevez le pollen des étamines et déposez-le généreusement sur un stigmate mûr (aspect brillant ou collant) d'un arbre d'une autre variété se trouvant au stade de bouton rose ou de pleine floraison.


Éclaircissage des fruits


L’éclaircissage des fruits consiste à supprimer les asimines d’une grappe pour ne garder qu’un seul fruit. Cette technique encore au stade expérimental sert à améliorer le calibre des fruits, à augmenter leur durée de conservation ou à limiter la surproduction éventuellement causée par une pollinisation manuelle. En effet, il faut savoir que les asimines d’une grappe sont groupées sur le même pédoncule. De ce fait, la chute ou la cueillette d’un fruit occasionne une petite déchirure aux autres asimines de la grappe. Cette blessure, qui ne se referme pas toujours, constitue une porte d’entrée pour les bactéries et les champignons, ce qui diminue la durée de conservation des fruits. Dès lors, en récoltant un pawpaw solitaire avec son pédoncule, on améliore considérablement la durée de conservation et l’apparence du fruit. L’éclaircissage revêt un intérêt particulier si l’on souhaite commercialiser des fruits de qualité supérieure et les transporter entiers, mais ne s’impose pas en cas de production domestique ou de transformation immédiate. 


L’opération s’effectue une fois que les fruits sont bien individualisés au sein d’une grappe et mesurent plus de 5 cm de long, vraisemblablement aux alentours du mois de juin. Si vous agissez plus tôt, vous risquez d’arracher l’intégralité de la grappe et si vous agissez plus tard, l’arbre risque d’avoir déjà dépensé son énergie et consommé ses ressources, si bien que l’opération aura pour seul résultat de diminuer le nombre de fruits sans en augmenter le calibre.

La manière de procéder est simple : au sein d’une grappe, repérez les fruits qui sont plus petits, malformés, endommagés ou malades et éliminez-les proprement à l’aide d’un sécateur bien affûté en évitant soigneusement de blesser le fruit à conserver.


Chute des fruits


Chaque année, peu après la fin de la pollinisation, les pawpaws ont naturellement tendance à se délester d’une certaine quantité de fruits. Ce phénomène, qui a lieu au mois de juin aux États-Unis et porte le nom de « June Drop », permet à l’arbre de maîtriser ses ressources et d’éviter la surproduction.


Conclusion


En conclusion, il reste encore beaucoup à découvrir concernant la pollinisation de l’asiminier. Cependant, les points suivants semblent acquis  :


• L’asiminier fleurit tôt en saison pendant trois à quatre semaines, tous les stades de floraison se déroulant simultanément, ce qui permet souvent au pawpaw de fructifier même en cas de gelées tardives.

• L’asiminier étant généralement autostérile, il est conseillé de planter 3 à 4 variétés différentes ainsi que quelques semis de qualité à 5 ou 6 m de distance au maximum afin d’assurer la pollinisation croisée.

• La pollinisation manuelle permet souvent de doubler, voire de tripler la récolte.

• Si l’asiminier attire de nombreux insectes, ce sont les mouches et surtout les coléoptères qui semblent assurer sa pollinisation.

• Il est recommandé de laisser quelques fruits pourrir, d’installer des bûches de bois de feuillus en décomposition à proximité des arbres et d’épandre des copeaux de bois à leur pied pour permettre aux coléoptères d’accomplir leur cycle de vie.

• De manière générale, en favorisant la biodiversité, on améliore la pollinisation des pawpaws.




Sources 


Crédits photographiques


  • Stades de floraison : Cothron, Blake
2.2  Le verger d'asiminiers d'Emmmanuel Aze
Un pionnier militant arboriculteur plantes 2500 pawpaws et se lance dans la production d'asimines en France