Elaeagnus : un genre au potentiel sous-exploité

Vers une popularisation des chalefs ?

Les Elaeagnus, ou chalefs, sont un genre d’arbustes ou de petits arbres à la structure dense, aux fleurs parfumées et au feuillage argenté dans lequel on retrouve des plantes sauvages ou cultivées pour leur valeur ornementale. Ce genre se caractérise par une distribution cosmopolite – diverses espèces croissent en Chine, au Japon, en Corée, à Taïwan, au Pakistan, en Iran, en Turquie, en Europe, aux États-Unis et au Canada, leur aire de répartition naturelle pouvant s’étendre du nord des zones tempérées jusqu’aux zones tropicales, voire subtropicales –, mais se distingue avant tout par ses fruits comestibles au potentiel sous-exploité tant sur le plan de la nutrition que sur celui de la production alimentaire.

Fruits d'Elaeagnus umbellata, ou chalef d'automne

Ces petits fruits ronds ou oblongs, à la chair souvent rouge et à la peau mouchetée d’or et d’argent, présentent en effet un potentiel nutritionnel intéressant à titre d’aliments fonctionnels, puisqu’ils contiennent des composés aminés phénoliques et des flavonoïdes et sont particulièrement riches en lycopène, un composé anti-oxydant. En outre, ils présenteraient les propriétés suivantes : épuration alcoolique du sang, effet anti-douleur, cicatrisation des plaies, prévention de certains cancers, vertus antimicrobiennes et expectorantes, etc. (voir le tableau 1). Enfin, les noyaux d'Eleagnus contiendraient des quantités importantes de protéines et de graisses.

Une grande partie des espèces appartenant à la famille des Elaeagnaceae, dont fait partie le genre des Elaeagnus, ont la capacité de fixer l’azote atmosphérique, peuvent croître dans des milieux secs et tolèrent de hauts niveaux de salinité du sol. Autant dire qu’ils peuvent prospérer dans des conditions difficiles. On les conduit souvent en haie dans les zones urbaines pour leur valeur ornementale, leur tolérance à la sécheresse, leur adaptabilité à un large éventail de types de sols, leur action de prévention de la pollution et leur attrait pour les oiseaux.

Une haie d'Elaeagnus à la mer du Nord, en Belgique. On observe peu ou pas de fruits en cas de plantation en haie dense,

En juin 2022, des chercheurs de l’Académie chinoise des sciences, de l’Université de médecine chinoise du Jiangxi et de la faculté des technologies et sciences appliquées de l’Université d’Hainan ont publié un article consacré au potentiel sous-exploité des chalefs sur le plan de la production fruitière. Cette équipe a identifié pas moins de 10 espèces sauvages d’Elaeagnus largement répandues en Chine qui permettraient de mettre au point des sélections fruitières (voir le tableau 2), peu de variétés ayant à ce jour été sélectionnées à des fins pomologiques.

Parmi elles, Elaeagnus conferta, qui possède des fruits de gros calibre, pourrait servir d’espèce fondatrice, tandis qu’ Elaeagnus gonyanthes représenterait une ressource génétique importante grâce à son long pédoncule. Elaeagnus lanceolata et Elaeagnus delavayi, pour leur part, serviraient à l’obtention d’hybrides dépourvus d’épines, alors que les cinq espèces grimpantes permettraient de créer des cultivars commerciaux à haut rendement destinés à la gestion automatisée des champs. À noter que l’auto-incompatibilité est une caractéristique fréquente chez les Elaeagnus, ce qui offre la possibilité de créer de nouveaux cultivars à travers l’hybridation interspécifique. Ainsi, l’Elaeagnus x ebbingei est un hybride obtenu à partir d’Elaeagnus pungens et d’Elaeagnus macrophylla, deux espèces répandues à diverses latitudes sur la côte sud-est de la Chine.

Fruits d'Elaeagnus x ebbingei sur notre parcelle à côté de Bruxelles (Belgique)

Compte tenu de la vaste aire de distribution de ce genre, les fruits d’Elaeagnus seraient susceptibles d’être popularisés dans de nombreuses régions du monde et consommés frais ou transformés, par exemple sous la forme de jus, de liqueurs, de bonbons, de cuir de fruits ou de confiture. Les chalefs méritent amplement qu’on les sorte du rôle ornemental dans lequel ils sont confinés et qu'on reconnaisse leurs qualités fruitières et nutritionnelles.  Après ce petit tour d’horizon du genre, intéressons-nous de plus près aux trois espèces que nous cultivons sur notre parcelle test, à savoir l’Elaeagnus x ebbingei, ou chalef d’Ebbing, l’Elaeagnus umbellata, ou chalef d’automne, et l’Elaeagnus multiflora, ou goumi du Japon.

Voir les tableaux comparatifs des espèces d'Elaeagnus

Chalef d’Ebbing

L’Elaeagnus x ebbingei, créé aux Pays-Bas à des fins ornementales en 1929, est le résultat de l’hybridation de deux espèces originaires d’Asie : Elaeagnus macrophylla et Elaeagnus pungens. Cet arbrisseau, pouvant atteindre 5 m de haut et autant de large, possède un feuillage argenté, parfois panaché, et persistant. Le chalef d’Ebbing tolère extrêmement bien les expositions marines, en plus de résister au vent, à la sécheresse et au froid (jusqu’à -20°C) et de supporter aisément la taille. S’il préfère les sols modérément fertiles, il peut cependant pousser dans de nombreux types de sols, pourvu qu’ils soient bien drainés, y compris les sols pauvres et secs. L’Elaeagnus x ebbingei est donc capable de croître dans des conditions difficiles, et même à l’ombre, auquel cas il ne produira guère ou pas de fruits. Qui plus est, il est peu sensible aux ravageurs, la littérature mentionnant seulement un psylle, Cacopsylla fulguralis, dont la forte production de miellat cause l’installation de fumagine (maladie des plantes causée par plusieurs types de champignons qui se développent sur la surface des feuilles, des tiges et des fruits, ce qui réduit l’assimilation chlorophyllienne et pourrait constituer un vecteur potentiel de virus et de maladies. L’Elaeagnus x ebbingei est autostérile, de sorte qu’au moins deux plants de variétés différentes sont nécessaires pour la mise à fruits (à la pépinière, nous avons installé la variété type et la variété Limelight). Il est important de signaler que, selon certains témoignages, l"Elaeagnus x ebbingei fructifie difficilement à la suite d'un hiver rigoureux.


Le fruit du chalef d’Ebbing, de forme oblongue, mesure environ 2 cm de long et 1,3 cm de large et présente une saveur douce évoquant le bonbon avec une pointe d’acidité à maturité – avant ce stade, il est âpre et astringent. La pulpe est molle, un peu gélatineuse et agréable. Le fruit contient un noyau plutôt gros, fibreux, qui peut se consommer, son goût rappelant quelque peu l’arachide. Les merles sont eux aussi très friands de ces fruits, de sorte que l’installation d’un filet de protection peut s’imposer. Il s’agit du chalef qui a le plus retenu notre attention jusqu’ici, car il produit des fruits agréables au moi de mai, c’est-à-dire extrêmement tôt dans la saison.

Chalef ou olivier d’automne

Originaire de l’est de l’Asie, l’Elaeagnus umbellata est un arbuste au feuillage caduc pouvant atteindre 5 m de haut et de large. Il fleurit à la fin du mois d’avril et fructifie au début de l’automne. Le chalef d’automne est autostérile, de sorte qu’au moins deux plants de variétés différentes sont nécessaires pour la mise à fruits (il existe des variétés partiellement autofertiles). L’Elaeagnus umbellata n’est pas sensible à des maladies ou à des ravageurs particuliers. Il s’agit d’une plante pionnière, qui aime les expositions ensoleillées (même si elle tolère la mi-ombre), qui résiste relativement bien à la sécheresse et pousse sur de nombreux types de sol, de sableux à argileux, de légèrement calcaires à acides, mais préfère les sols profonds, bien drainés, à la texture plutôt grossière. Le chalef d’automne supporte bien les tailles sévères.


Le fruit du chalef d’automne mesure environ 8 mm de diamètre et contient lui aussi un gros noyau comestible. Il est juteux, possède une saveur aigre-douce et perd son astringence à pleine maturité. On en fait souvent des confitures. Un pied adulte peut produire jusqu’à 14 kg de fruits par an.

Variétés de chalefs ou oliviers d'automne
Red Milan: Variété polonaise à fruits rouges
Sweet Milan: Variété polonaise à fruits rouges
Amber: Variété de chalef à fruits jaunes, produit en septembre
Big Red: Variété sélectionnée par Martin Crawford, à fruits rouges
Brilliant Rose: Variété à fruits roses/rouge des USA (Tennessee)
Garnet: Variété à fruits rouges foncés
Hidden Springs: Variété à fruits roses/rouge des USA (Tennessee)
Jewel: Sélection de la pépinière Hidden Springs aux USA (fruits rouges)
Late Scarlet: Variété tardive (octobre) sélectionnée par Martin Crawford
Newgate: Variété sélectionnée par Martin Crawford
Red Cascade: Variété à fruits rouges
Ruby: Variété à fruits rouges brillants
Sweet & Tart: Variété à fruits roses/rouge
POINTILLA® FORTUNELLA®: Variété polonaise à fruits jaunes
Noble Coral: Variété hybride multiflora x umbellata allemande (à vérifier si véritable hybride)

Goumi du Japon

Originaire de Chine, de Corée et du Japon, l’Elaeagnus multiflora est un arbuste au feuillage caduc, parfois légèrement épineux, qui peut atteindre 3 m de hauteur et de largeur. Il fleurit au printemps et mûrit en été. Le goumi du Japon est partiellement autofertile, de sorte qu’il est conseillé, mais pas indispensable, de planter au moins deux plants de variétés différentes pour favoriser la mise à fruits. L’Elaeagnus multiflora n’est pas sensible à des maladies ou à des ravageurs particuliers. Il apprécie les sols bien drainés et les emplacement ensoleillés, mais tolère la mi-ombre. Le goumi du Japon n’a pas d’exigences de culture particulières, si ce n’est un sol légèrement acide à alcalin.

Pollinisateur butinant un pied d'Elaeagnus multiflora, ou goumi du Japon, à la fin avril sur notre parcelle

Le fruit du goumi du Japon, attaché par un long pédoncule, mesure environ 1 cm de long et possède un goût aigre-doux à sucré, qui évoque la groseille rouge. Il se consomme à pleine maturité, sinon il sera astringent, et contient un gros noyau comestible. On en fait généralement des jus, des compotes ou des confitures.

Variétés de goumis
Sweet Scarlet: Variété ukrainienne à fruits rouges. Populaire aux USA. Autostérile
Goumi SPP: Variété autrichienne. Autofertile
Carmine: Variété américaine à fruits rouges. Disponible aux USA.
Jahidka: variété de petite taille. Ukraine.
Red Gem:
Variété russe, populaire aux USA
Gigantea (Daiougoumi):
Aux plus gros fruits. Très bon potentiel pour l'hybridation.
Var. Macrocarpa: Aux plus gros fruits (3.5 grammes, comparés aux aux autres qui font 1 gramme)

Ces variétés disponibles en Ukraine et Russie :
Variétés d'Ukraine - L'vivyanochka, Obukhivska, Borinka, Borinka 2 Halychanka, Lonhynka, Gutsulka, Chorus
Variétés de Russie -  Moneron, Shikotan, Uroz Hayraya Varilova


Conclusion

En conclusion, le genre des Elaeagnus  présente un potentiel prometteur sur le plan de la production fruitière et nous espérons que de nouvelles sélections verront le jour à l'avenir. Dans l'attente, nous vous recommandons chaudement l'Elaeagnus x ebbingei, c'est une plante facile de culture et nous nous sommes régalés de ses fruits au début du mois de mai, avant que les merles n'en fassent de même.

​N’hésitez pas à passer les portes de la pépinière ou à vous inscrire à une visite guidée si vous souhaitez faire plus ample connaissance avec ces passionnants petits fruitiers, les Elaeagnus.

Sources

  • Abdalla, T.E., « Some Wild Elaeagnus Species: Overview, Description, Biochemistry, and Utilization » dans Mariod, A. (eds), Wild Fruits: Composition, Nutritional Value and Products, 2019, Springer.
  • Cheng, C., Fan S., Wang, C., Ye, L., Wang, Z., Huang, H., « Phylogenetic Analysis of Elaeagnus L. in China: A Basis for Genetic Improvement of a Berry Crop » dansFrontiers in Plant Science, 9 juin 2022, vol. 13, art. no 899079.
  • Cocquempot, Christian, et Germain, Jean-François, « Un nouveau ravageur de l'Elaeagnus X ebbingei en France: Cacopsylla fulguralis », PHM-Revue horticole, août 2000, no 416, p 32 à 34.
  • Patel, Seema, « Plant genus Elaeagnus: underutilized lycopene and linoleic acid reserve with permaculture potential » dans Fruits, 2015, vol. 70(4), p. 191 à 199.
  • Pirc, Helmut, Encyclopédie des fruitiers sauvages ou méconnus – Pour le jardin & la haie fruitière, Ulmer, 2022.
  •  Plants for a Future, Elaeagnus x ebbingei - A Plant for all Reasons, https://pfaf.org/user/cmspage.aspx?pageid=61, consulté le 26 mai 2023.




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